Achat de logement : les obligations du vendeur
Obligation d'information
D'une manière générale, le vendeur est tenu de
communiquer à l'acheteur toutes les informations en sa possession au
moment de la vente sur la situation de l'immeuble (éventuelles
procédures en cours, existence d'un bail, servitudes, etc.).
. Cette obligation s'impose en particulier au vendeur
professionnel qui doit recueillir toutes les informations utiles et ne
peut dégager sa responsabilité en prétextant de son ignorance
Obligation de délivrance
La livraison
La première obligation du vendeur est évidente : il doit
livrer le bien vendu, c'est-à-dire, en matière immobilière, permettre à
l'acheteur de prendre possession des lieux, ou de percevoir les loyers
s'il s'agit d'un immeuble loué.
. La livraison concerne non seulement l'immeuble lui-même mais
aussi tous ses « accessoires », c'est-à-dire toutes les choses
nécessaires à son utilisation (titres de propriété, certificats divers,
etc.).
. Ne sont toutefois pas concernés les droits attachés à la personne
même du vendeur. Exemple : l'indemnité que celui-ci doit percevoir à la
suite d'un dommage causé par un voisin n'est pas transmise à l'acheteur.
La conformité
Le vendeur doit remettre un bien conforme aux
spécifications du contrat. D'après l'article 1614 du Code civil,
l'immeuble doit être délivré dans l'état où il se trouve au moment de la
vente. Entre la signature et la remise des clés, le vendeur doit donc
veiller à conserver l'immeuble dans son état initial. Il est ainsi
soumis à une obligation de surveillance. Mais les risques de
détérioration ou de perte (cf. plus haut) sont supportés par l'acheteur
(sauf faute de surveillance du vendeur).
L'article 1616 du Code civil définit des règles
particulières en matières de surface. En théorie, quand la surface
réelle est inférieure de plus de 5% à la surface stipulée dans l'acte,
l'acquéreur peut demander une réduction du prix au prorata. A l'inverse,
quand la surface réelle est supérieure de plus de 5% à la surface
mentionnée, l'acquéreur doit verser un complément de prix ou renoncer à
l'achat. Ces actions en justice doivent être engagées dans l'année qui
suit la signature du contrat.
Dans la pratique, cet article est très rarement appliqué dans la
mesure où les contrats prévoient presque toujours des clauses de
non-garantie de surface qui excluent la responsabilité du vendeur, sauf
faute lourde ou manoeuvres de sa part.
. Les tribunaux refusent toutefois d'exclure la responsabilité
du vendeur quand celui-ci est un professionnel et que l'acheteur est un
particulier.
En revanche, depuis la Loi Carrez, les contrats portant sur des lots de copropriété doivent mentionner la surface exacte. Quand la surface réelle est inférieure de plus de 5% à la surface stipulée dans l'acte, l'acquéreur peut demander une réduction du prix au prorata dans l'année qui suit.
Le non-respect de l'obligation de délivrance
Quand le vendeur ne remplit pas son obligation de
délivrance, l'acheteur peut demander en justice l'annulation de la vente
ou son exécution forcée.
. Le tribunal peut ainsi ordonner, par exemple, la remise des clefs, avec une astreinte à payer par jour de retard.
. Quand le tribunal prononce l'annulation de la vente, le vendeur
doit restituer le prix et l'acheteur le bien, sans qu'aucune indemnité
d'occupation puisse être demandée à ce dernier. Les éventuels contrats
de prêts sont également annulés rétroactivement.
Quel que soit son choix, l'acheteur peut
demander en plus des dommages-intérêts pour réparer le préjudice subi
(frais de déménagement, etc.).
Le juge n'a toutefois pas le pouvoir d'accorder une réduction du prix de vente.
Quand le prix n'a pas encore été payé en
totalité, le vendeur peut repousser la livraison du bien quand il
constate que, depuis la vente, l'acheteur est en difficulté financière,
dans un état proche de la cessation de paiement. (art. 1613 du Code
civil).
Le vendeur peut aussi invoquer un cas de force majeure qui peut suspendre ou annuler son obligation de délivrance (événement imprévisible, irrésistible et extérieur à la transaction), condition appréciée au cas par cas par les tribunaux.
Obligation de garantie
Certificats
Le vendeur établir à ses frais plusieurs types de certificats concernant notamment et entre autres :
- la présence de termites, dans les zones délimitées par le Préfet;
- la présence de plomb dans les peintures, dans les immeubles
construits avant 1948 et situés dans les zones délimitées par le Préfet;
- la présence d'amiante, dans les immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997.
L'absence de ces certificats n'entraîne pas la nullité de la vente. Mais si l'acquéreur découvre par la suite la présence de termites, plomb ou amiante, il peut demander une réduction de prix, voire même l'annulation de la vente.
Garantie contre l'éviction
Le vendeur doit garantir à l'acheteur « la possession
paisible de la chose vendue » (art. 1625 du Code civil). En d'autres
termes, il ne doit entreprendre aucune action susceptible de limiter la
jouissance ou le droit de propriété de l'acquéreur.
. Exemple sanctionné par les tribunaux : un vendeur qui érige
un mur sur le terrain voisin et qui restreint ainsi l'ensoleillement de
la propriété cédée.
De même, le vendeur est également responsable
des éventuelles contestations émises par des tiers à l'encontre des
droits de l'acquéreur.
. Exemples : un tiers revendique une partie de la surface de
l'immeuble, invoque une servitude non mentionnée dans l'acte de vente,
etc.
Cette responsabilité ne peut être mise en cause qu'à deux conditions :
- l'acheteur doit être de bonne foi, c'est-à-dire qu'il devait ignorer le risque de litige au moment de la vente;
- le trouble doit être causé par une faute du vendeur et non par un événement extérieur.
Cette responsabilité peut toutefois être limitée par les clauses du contrat, sauf en cas de faute lourde ou de manoeuvres ou quand le vendeur est un professionnel.
Garantie contre les vices cachés
D'après l'article 1641 du Code civil, un vice caché est
un défaut qui rend le bien impropre à l'usage auquel il est destiné ou
qui réduit tellement cet usage que l'acheteur n'aurait pas réalisé la
transaction ou aurait versé un prix moins élevé.
. Exemple : un défaut d'étanchéité d'une maison, un système d'assainissement ne répondant pas aux normes légales, etc.
. Le vice caché doit affecter la structure ou la nature même de
l'immeuble et ne doit pas se limiter à un quelconque défaut d'agrément.
. Cette garantie ne s'applique pas aux ventes d'immeubles à
construire, qui sont soumises à des règles particulières, ni aux ventes
aux enchères.
La mise en oeuvre de la garantie pour vices cachés suppose deux conditions.
1. L'acheteur ne devait pas avoir connaissance du défaut au moment de la vente.
La garantie n'intervient donc pas si le vice était apparent ou si le vendeur en a informé l'acquéreur.
. L'acheteur doit avoir tout de même satisfait à une obligation
minimale de vigilance, correspondant à ses connaissances techniques,
mais on ne peut exiger d'un particulier qu'il fasse appel aux
compétences d'experts.
. En principe, l'acheteur professionnel qui bénéficie des mêmes
compétences techniques que le vendeur est censé connaître le défaut en
cause au moment de la vente.
2. Le vice doit être antérieur au moment de la vente. Et c'est à l'acheteur de prouver cette antériorité.
L'acheteur qui découvre un vice caché a le choix entre deux solutions.
1. Il peut engager une action dite « estimatoire » et exiger une
restitution partielle du prix, qui est laissée à la libre appréciation
du juge.
2. Il peut engager une action dite « rédhibitoire » qui entraîne
l'annulation rétroactive de la vente et la restitution du prix (majoré
des frais) d'une part et du bien d'autre part.
L'acheteur peut exiger en plus des
dommages-intérêts pour réparer le préjudice subi, mais seulement en cas
de mauvaise foi du vendeur, c'est-à-dire s'il prouve que celui-ci
connaissait l'existence du défaut au moment de la vente. Précision
importante : le vendeur professionnel est toujours censé connaître les
vices cachés : sa mauvaise foi est donc toujours présumée sans qu'il
puisse prouver le contraire.
L'action en garantie pour vice caché doit être
engagée dans un bref délai après la découverte du défaut. Dans la
pratique, les tribunaux admettent des délais allant de six mois à un an.
Le contrat peut prévoir des clauses qui limitent la responsabilité du vendeur sur ce plan. Mais les tribunaux les interprètent de façon assez stricte et elles ne peuvent jouer quand le vendeur est de mauvaise foi ou quand il a commis une faute lourde.



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